TEMPORALITÉ

TEMPORALITÉ
TEMPORALITÉ

TEMPORALITÉ

Terme abstrait, mais qui se veut concret. La temporalité est le temps vécu par la conscience, celui dont elle fait l’expérience et qui déploie, à partir du présent (seul moment que saisisse une attention opérante), un passé qui est fait de rétentions utilisées comme acquis et comme appoint pour l’action (mais c’est le présent qui somme et interprète ce qui fut actuel et ne l’est plus) et un futur qui est fait de protentions , c’est-à-dire de projets, de possibilités nouvelles (mais c’est encore le présent qui anticipe l’avenir, en fonction de ses souvenirs et de ses prises). À la distinction proposée par Bergson entre temps qualitatif (celui de la durée intérieure) et temps quantitatif (celui des chronomètres), Gaston Berger ajoute celle du temps existentiel (ou temps à tonalité affective) et du temps opératoire (ou temps de l’action sur les choses, qui est objectif, mesurable).

Alors que les Anciens concevaient le temps comme cyclique (périodes ayant un contenu identique et se répétant sans fin), les Modernes le considèrent comme linéaire (progression d’une histoire orientée ou, du moins, d’une évolution indéfinie). Quant aux physiciens, ils parlent de «temps propre», par opposition au temps du sens commun; ils admettent une pluralité des temps propres, par impossibilité de rapporter tous les phénomènes de l’univers à un seul et même temps. Mais le temps des physiciens n’est pas la temporalité, qui est la vie même de la conscience et qui comporte les trois opérations décrites plus haut (par emprunt partiel aux analyses phénoménologiques de Husserl). En outre, la temporalité comporte un élément dramatique: elle vit une menace, celle de l’instant ultime, qui sera la fin, la caducité de tout projet.

temporalité [ tɑ̃pɔralite ] n. f.
• 1906; temporaliteiz « caractère temporel (1o) » 1190; lat. ecclés. temporalitas, de temporalis
Gramm. Caractère temporel, valeur temporelle.
(1939) Philos. Caractère de ce qui est dans le temps; le temps vécu, conçu comme une succession. « nous confondons la temporalité avec la chronologie » (Sartre).
⊗ CONTR. Intemporalité.

temporalité nom féminin (latin temporalitas) Caractère de ce qui se déroule dans le temps. Juridiction du domaine temporel d'un évêché, d'un chapitre, d'une abbaye, etc. ; puissance temporelle.

temporalité
n. f. Didac. Caractère de ce qui se déroule dans le temps.

⇒TEMPORALITÉ, subst. fém.
A. — [P. réf. à temporel] ,,Pouvoir temporel`` (LITTRÉ). DR. Juridiction du domaine temporel d'un évêché, d'un chapitre, d'une abbaye, etc. Il était juge de la temporalité (Ac.).
B. — [P. réf. à temps]
1. Caractère de ce qui est dans le temps, de ce qui appartient au temps. Anton. éternité. La temporalité est sans doute la mesure de notre distance à Dieu; et l'on ne voit pas qu'elle puisse complètement s'évanouir sans que nous cessions d'être humains (LACROIX, Marxisme, existent., personn., 1949, p. 119).
PHILOS. [Dans la phénoménol. et dans l'existent. contemp.] Conscience du temps. Selon le caractère de notre activité (jeu, travail) la temporalité peut ne pas être la même pour un intervalle de temps identique (JULIA 1980).
♦ [Chez Husserl] Caractère de toute activité spirituelle. Constitué et constituant, empruntant son nom au constitué, renvoyant vers une origine radicale de la constitution, le temps retient les prédicats contradictoires de l'éternité et du devenir, prédicats que la subjectivité transcendantale qui est temps ou mieux, temporalité constituante, assume aussi nécessairement (Hist. de la philos., t. 3, 1974, p. 544 [Encyclop. de la Pléiade]).
♦ [Chez Heidegger] ,,Essence de notre être, voué à la finitude dont l'existence est d'être-pour-la-mort et le souci de cette finitude la pensée dominante`` (MORF. Philos. 1980).
♦ [Chez Sartre] ,,Mouvement qui fait basculer l'avenir dans le passé pour aboutir au moment où il n'y a plus d'avenir, la mort`` (FOULQ.-ST-JEAN 1969). La temporalité n'est pas un temps universel contenant tous les êtres et en particulier les réalités humaines (SARTRE, Être et Néant, 1943, p. 188).
♦ [Chez Merleau-Ponty] ,,Essence du moi, de l'être-là (Dasein) qui consiste en ce que la conscience de nous-même ne fait qu'un avec l'expérience interne du temps`` (MORF. Philos. 1980). Je ne suis pas une série d'actes psychiques, ni d'ailleurs un je central qui les rassemble dans une unité synthétique, mais une seule expérience inséparable d'elle-même, une seule « cohésion de vie », une seule temporalité qui s'explicite à partir de sa naissance et la confirme dans chaque présent (MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945, p. 466).
2. LING. Expression du temps, valeur temporelle d'un mot, d'une désinence. Dès lors qu'ils sont enregistrés et énoncés dans une expression temporelle historique, ils se trouvent caractérisés comme passés. L'intention historique constitue bien une des grandes fonctions de la langue: elle y imprime sa temporalité spécifique (E. BENVENISTE, Problèmes de ling. gén., Paris, Gallimard, 1966, p. 239). V. temporalisation dér. s.v. temporaliser ex. de GREIMAS-COURTÉS 1979.
Prononc. et Orth.:[]. Att. ds Ac. 1694-1878. Étymol. et Hist. 1. a) Fin XIIe s. « ensemble des choses temporelles, terrestres » (Sermons St Bernard, éd. W. Foerster, p. 6, 17); b) 1275-80 « condition d'homme mortel (par opposition à l'éternité de Dieu) » (JEAN DE MEUN, Rose, éd. F. Lecoy, 19045); 2. a) 1283 « juridiction laïque (par opposition à celle du pouvoir ecclésiastique, v. spiritualité) » (PHILIPPE DE BEAUMANOIR, Coutumes Beauvaisis, éd. A. Salmon, t. 1, p. 153); b) 1335 « biens, propriétés » (ROISIN, Franchises, lois et coutumes de Lille, éd. Brun-Lavainne, p. 245 cf. DRÜPPEL Afr. Urk., p. 34); 3. 1943 philos. (SARTRE, loc. cit.). Empr. au lat. chrét. temporalitas « caractère de ce qui est éphémère, par opposition à l'éternité » et « circonstances » qui a pris à l'époque médiév. le sens de « biens, possessions matérielles du clergé » (XIIIe s., v. NIERM.). Fréq. abs. littér.:67. Bbg. DRÜPPEL (Ch. J.). Altfrz. Urkunden und Lexikologie... Tübingen, 1984, pp. 108-109.

temporalité [tɑ̃pɔʀalite] n. f.
ÉTYM. V. 1265; temporaliteiz, v. 1190; lat. temporalitas, Tertullien; de temporalis. → Temporel.
1 (XIVe). Dr. canon. Vx. Domaine temporel (d'un évêché, d'un chapitre, d'une abbaye, etc.), juridiction d'un bénéfice.(V. 1283). Vx. Pouvoir temporel.
2 Gramm. Caractère temporel, valeur temporelle, expression du temps. Temps, I., B., 4.
3 (1939, Sartre). Philos. Caractère de ce qui est dans le temps; le temps vécu, conçu comme une succession, considéré dans son ordre « avant-après » (statique temporelle) et dans le fait qu'un « après » devient un « avant » (dynamique temporelle). Cf. Sartre, l'Être et le Néant, II, 2, La temporalité. || L'expression de la temporalité par le langage (→ ci-dessus, 2.).
1 (…) si la technique que Faulkner adopte semble tout d'abord une négociation de la temporalité, c'est que nous confondons la temporalité avec la chronologie (…) Pour parvenir au temps réel, il faut abandonner cette mesure inventée qui n'est mesure de rien (…)
Sartre, Situations I, La temporalité chez Faulkner.
2 Si devant les lignes imprimées je demeure inerte, elles se taisent; pour qu'elles s'animent, il faut que je leur donne un sens et que ma liberté leur prête sa propre temporalité, retenant le passé et le dépassant vers l'avenir.
S. de Beauvoir, Tout compte fait, p. 158.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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